Les Echos - Régions - 14 mars 1988 - Jean-Bernard Gilles

Picardie : De nouveaux outils pour pousser l'export

La région lance l'opération Dynamique Export. 
Son ambition : 
doper l'export en dopant les PME de spécialistes en exportation. 

"L'avenir de nos PME passe par la conquête des marchés à l'étranger", a rappelé récemment Charles Baur à l'occasion du lancement de Dynamique Export : une opération soutenue par la région, à hauteur de 350.000 Francs, et dont l'ambition est de développer l'activité export des entreprises picardes déjà impliquées sur les marchés étrangers.

Dans le cadre de cette opération, des diagnostics "ressources humaines" seront réalisés en entreprises par des étudiants. Ils détermineront les besoins humains nécessaires pour optimiser une activité à l'exportation. 

Les entreprises auront accès à des financements région-Etat, destinés à favoriser l'embauche de spécialistes en export au niveau cadre et BTS. Dynamique Export rejoint un dispositif mis en place par le conseil régional, décidé, visiblement, à lancer une véritable stratégie régionale à l'exportation. 

Sur la sellette aujourd'hui, l'AREX, Agence régionale pour l'exportation. Animant un réseau de cinq VRP régionaux sillonnant le monde toute l'année, cette pionnière de l'exportation régionale créée en 1984, se voit aujourd'hui reprocher de ne pas influencer suffisamment sur la courbe du commerce extérieur picard et de coûter cher (3,3 millions de francs de budget dont 30% par autofinancement). 

En 1987, le commerce extérieur de la Picardie a diminué. Il était de l'ordre de 2,5 milliards de francs, mais les exportations continuent de l'emporter sur les importations (taux de couverture : 107% en 1987 contre 16% en 1986). Au-delà du maintien ou non de l'AREX ou de son rattachement définitif au conseil régional, c'est bien la question du maintien de la Picardie sur les marchés lointains qui semble posée. Depuis une année, le conseil régional s'est doté ou soutient de nouveaux outils. 

La société régionale de commerce extérieur (cf. "Les Echos" du 2 février 1987) est spécialisée dans les audits et conseils et peut fournir un service export pour l'entreprise. Promopic est, lui, axé sur la coopération technique, voire le transfert de technologie, mais peu de dossiers significatifs sont encore sortis. Dynamique Export, enfin, qui, dès cette année, organise à travers la région des carrefours et des shows de sensibilisation à l'exportation. Une série d'outils régionaux dont certains spécialistes attendent qu'ils fassent preuve de cohérence afin que les PME, désireuses de s'engager à l'étranger, n'attrapent pas le tournis. 

La semaine dernière, à Barcelone, une dizaine d'entreprises régionales viennent de participer au salon Alimentaria. Première tentative d'approche du marché espagnole pour la plupart (Sorbenoye, Au bon miel de Thiérache, Le Poulet du Nord, ...), cette présence s'est révélée opportune pour une boulangerie industrielle de Saint-Quentin (60 salariés et 22 millions de francs de chiffres d'affaires) qui est sur le point de signer un joint-venture avec des homologues catalans. 

Présence à Barcelone

"Notre mission principale est d'insuffler un état d'esprit d'ouverture à nos entreprises", explique Serge Renaud, président pragmatique  de la CCI de l'Aisne qui organisait ce déplacement catalan qui, en deux années, a contribué a la présence d'entreprises du département sur une dizaine de foires et salons européens (Alger, Francfort, Londres ...).

Incontestablement, une stratégie export est en train de naître en Picardie, mais elle comporte encore des zones d'ombre. Elle mériterait sans doute de fédérer toutes les énergies et les compétences plutôt que de créer un nouvel échelon administratif dont les PME ne sont guère friandes.